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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 18:22

alice1



Le grunge est, techinquement parlant, un mouvement musical datant du début des années 90 et qui s'est terminé à peu près à la fin de cette décennie, pour cause de mort de Kurt Cobain et de Layne Staley, les deux figures de proue du mouvement (à savoir des poètes maudits et torturés). Pour moi, et en simplifiant un peu, le grunge se sépare en trois écoles : le grunge influencé par le punk, représenté par Nirvana; celui influencé par le blues-rock, qui est représenté par Pearl Jam, et enfin, le grunge psyché, représenté par Alice in Chains. Le grunge est donc un univers musical à part entière puisque, et c'est là que je voulais en venir, le grunge s'inspire plus des univers musicaux déjà créés qu'il n'est capable de s'inventer (en terme de style, pas de production ni de création, évidemment). C'était là la principale limite du genre, que la plupart des groupes ont su dépasser.

Ce fut le cas avec AiC, qui a réussi ce coup de force de mélanger la quintessence de la musique psychédélique avec la force du grunge est la lourdeur du stoner pour faire de leur musique ce melting pot presque inqualifiable (mais tellement doux à écouter) qui avait tant marché dans les années 90. Vingt ans plus tard, le groupe revient avec un album des plus efficaces, et ce, depuis Dirt (si on ne considère pas Jar of Flies comme un album). Ce stoner déboule en force sur les deux Hollow et Stone, les deux singles de cet album. Hollow, qui offre un chant dédoublé dès le départ nous met déjà dans la confusion : qui est le principal chanteur ? Jerry ? William ? 

Le coup de force de cet opus est de revenir sur l'époque Staley, notamment avec le titre éponyme balade angoissante qui nous rappelle Love, Hate, Love, et, d'une manière plus générale le très étrange et angoissant Facelift, ce qui n'avait pas été fait en 2009, Black Gives Way to Blue se rapprochant plus d'un testament et d'une ode funéraire au regretté Layne. Il suffit, pour s'en convaincre, d'écouter la chanson éponyme, ou le somptueux titre When the Sun Rose Again, où l'on pourrait comprendre que Cantrell a fait son deuil et est prêt à reprendre la route. Cet album marquait aussi l'arrivée de William DuVall, qui avait la lourde tâche de reprendre le flambeau de Staley. Tâche qu'il a réussi avec succès, puisqu'il a été gardé comme chanteur principal. 

The Devil Put Dinosaurs Here est, comme je l'ai dit, l'un des albums d'Alice in Chains les plus réussis, pour deux raisons principales : la première, c'est que Jerry Cantrell a réussi à faire table rase du passé et se lance à corps perdu dans ce qu'il fait (principal compositeur et parolier du groupe) et n'a plus peur de faire du Alice in Chains pour faire du Alice in Chains. Ils l'avaient fait, sur Black Gives Way to Blue, mais c'était toujours assez timide, notamment sur Acid Bubble. Ici, dès Pretty Done, on retrouve les mélodies angoissantes qui ont fait les beaux jours de Facelift, notamment. Des rythmiques angoissantes utilisées en complément d'un chant lugubre, voire macabre, qui revient inlassablement. 
La deuxième raison, c'est que William DuVall a tout de suite réussi à trouver sa place en tant que chanteur principal et guitariste rythmique. Encore que la notion de chanteur principal est assez désuette quand on parle de AiC, puisque Cantrell chante quasiment sur tous les morceaux, et ce depuis 1989.

Toute la force stoner-grunge du groupe se retrouve, de nouveau, mise à contribution sur cet album, force qui avait été laissé à part sur le précédent opus, sûrement pour retrouver un certain équilibre. Impossible de passer à côté de la force de Stone, de sa rythmique sombre et de son chant tout aussi énigmatique. Accents stoner qui reviennent aussi du côté de Hung on a Hook et Lab Monkey, morceau où la voix de Cantrell se fait de plus en plus énigmatique, parfois oppressante, parfois plus lumineuse. La force du groupe vient aussi de fait que les deux voix se complètement, même si les hauteurs ne sont pas les mêmes, la voix de DuVall, plus grave, rattrape celle de Cantrell, plus aiguë. Même si les sonorités de ces deux morceaux sonnent 90's (comme le solo de Lab Monkey), il y a eu une indéniable évolution du son, beaucoup plus précis et beaucoup plus nuancé. Hung on a Hook nous permet de vraiment appréhender la voix de William, pour une fois sans ambiguïté (contrairement au reste de l'album). Scalpel nous renvoie, immanquablement, à When the Sun Rose Again, cette atmosphère acoustique que rien ne vient occulter, sans, néanmoins, trouver le même équilibre dans les voix, dans l'harmonisation et la mélodie. Ce morceau nous renvoie aussi du côté de Jar of Flies, où le monde de l'acoustique se marie tellement bien aux mélodies stoner.

Le groupe ne se prive pas non plus d'envolées mélodiques, comme la fin de Breath on a Window, où, en plus d'un chant vraiment pur, Cantrell nous plante une guitare psychédélique dont la beauté et la justesse par rapport au chant et à l'ambiance générale est impossible à nier. Choke se place dans ce même contexte, dans cette même bulle. Morceau de fin d'album juste génial, une pépite dans son genre, qui est presque indescriptible, tellement l'univers musical fourmille de génie (et pourtant, y'a pas d'instru spéciale, quoi, c'est juste une basse, une batterie et deux guitares). Le génie est là, alors pourquoi se priver ? Ce n'est même pas un excès d'un égo démesuré, c'est clairement une pièce de maître de Jerry Cantrell, pour moi le meilleur morceau de l'album. 

Seul morceau plus "faible" de cet album, Voices, qui nous renvoie, immanquablement lui aussi, au merveilleux EP Jar of Flies, plus calme et plus soft au niveau de la disto, qui, au regard de l'ensemble manque un peu de pêche et de force. Même au bout de plusieurs écoutes, c'est avec ce morceau que j'ai du mal.


J'ai mis du temps à comprendre pourquoi cet album m'avait bloqué au niveau de la rédaction de cette chronique. Mais c'est tout simplement parce qu'il est presque impossible de faire la différence entre le chant de William et celui de Jerry, tellement leurs voix sont proches. A partir de là, comment réussir à comprendre les mécanismes mis en place dans cet album pour le faire tellement sonner Alice in Chains 90's ? C'est peut-être l'un des points négatifs de l'album, que j'avais déjà constaté sur le précédent : même si techniquement et musicalement, il n'y a rien à redire, les deux voix sont trop proches, l'utilisation des deux chants en même temps est peut-être ce qui pousse à la Confusion, ce qui n'avait pas lieu dans la période Staley.

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Published by Hannibal - dans Chroniques
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commentaires

Sékateur 11/06/2013 21:11

Je ne savais même pas que AIC avait sorti un nouvel album. Devant une telle chronique, je ne peux qu'avoir envie d'acquérir cette galette...

Hannibal 12/06/2013 12:03



Y'a vraiment des morceaux à couper le souffle !



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