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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 21:27

Il ferme les yeux plus intensément, chaque détail lui arrive. Il sent l’odeur de l’adrénaline de la foule, l’odeur de sa peur, de sa sueur, acide et envoûtante. Il entend la foule qui continue de scander sa litanie, il entend les pas qui s’intensifient, peu à peu. Il ouvre les yeux, voit le plus beau, le plus puissant coucher de Soleil de sa vie. Le Crépuscule, de son regard sombre, l’examine comme on examine une fosse pleine de cadavre. Avec horreur, mais fascination. Il étouffe. Il crie, respire. Puis se calme. Étrange, trop soudain, comme réaction. Le Chétif ne reconnaît plus son corps, ni son esprit. Son corps lui intime l’ordre de sauter dans le torrent. Son esprit, lui, plus pragmatique, lui dit de faire demi-tour. Qu’en courant, il échapperait sûrement à la foule en furie. Il se retourne. Des deux côtés du pont, la foule est là, à l’attendre. Impatiente. Lion guettant sa proie. Proie sur le point de la mort, lorsqu’elle sent l’odeur du fauve, et qu’elle sait, au fond d’elle-même, qu’elle ne pourra échapper à son destin. Cet homme est pareil, au dessus du torrent, là, à se demander que faire, comment faire, pour quoi faire. Son doute l’envahit. Envahir peu à peu ce qui reste de part consciente de son esprit.

Son inconscient est pleinement présent, maintenant. Il dialogue avec lui. Bizarrement, c’est sa Défunte, son inconscient. Il pleure de plus en plus, ne sachant que faire. Rejoindre la Défunte, symbole de mort ou le Chat, symbole de vie. Tout d’un coup, son esprit fonctionne au ralenti. Il a une idée de génie. S’il a une telle emprise sur la foule, il peut la manipuler, jouer avec, comme le chat avec la souris. Il jubile comme Hannibal Lecter lorsqu’il sortit d’asile pour aller manger de la cervelle. Il aime cette sensation, cette sensation d’emprise, de pouvoir, de toute-puissance. Il voit en dessous de lui la foule ardente comme un brasier qui enflamme un building à New-York. Il ressent son "Ça". Il sent qu’il aura la force pour hurler ses idées morbides. Il marchande avec la foule. Il leur demande, avant qu’il ne se sacrifie, si elle ne pourrait pas jeter l’un des siens dans le fleuve, pour lui prouver qu’il peut avoir confiance, qu’il ne sautera pas pour des gens mauvais. Alors, un mouvement de foule commence à se faire ressentir. Chaque personne se sent un peu plus mal à l’aise, pour tout dire. Elle se sent oppressée, à son tour. Tiens, l’oppresseur oppressé, comme c’est délicat, comme sensation. Sentir que le boomerang est revenu, a mal été intercepté et a fracturé une arcade. Il sent l’odeur de la peur parmi les Indésirables, maintenant. Oui, le sens des aiguilles s’est bien inversé, mais cela ne l’empêche pas moins d’être effrayé, et plus encore. La foule le fixe de ses innombrables yeux, maintenant. Il ferme les yeux, la seule paire qu’il possède, lui, et jubile intérieurement. Il sent sa victoire proche.

Presque sur l’instant, il voit trois énormes types, bâtis comme Mister T, tenir avec force un homme, aux alentours de trente-cinq ans. Cet homme ne semble plus rien attendre de la vie. Il semble juste désirer mourir. C’est peut-être pour ça qu’il se laisse faire tel une marionnette. Ce n’est pas possible autrement. Il serre son poing, tenant une rose rouge. Du sang, rouge, dégouline lentement sur sa main, puis sur son veston immaculé. Une seule rose. Le symbole de l’Amour. Le Chérif ne veut voir ça, mais une force l’y oblige. L’homme, habillé comme un Prince, qui semblait impuissant semble entendre une voix. Il se retourne, hurle, frappe les deux types qui lui tiennent les bras. Le troisième ne peut rien faire, il est immobilisé par la foule. L’Homme-Prince se sauve. Au fond de lui, le Chétif-Puissant a eu peur pour lui. Pourquoi ? Parce qu’il désirait voir des types mesurant un mètre quatre-vingts se faire jeter à l’eau. C’est peut-être ce qui va arriver, il l’espère. Il sait, maintenant, ce que cela fait d’être puissant, de pouvoir humilier ceux qui sont en bas. Il jubile de plus en plus.

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Published by Hannibal
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