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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 20:42

Le canon du fusil était froid dans sa bouche. En totale différence avec la chaleur de la crosse en ébène. Ce fusil, il lui avait été offert le jour de ses vingt-cinq ans par celle qui allait devenir sa femme et mère de ses enfants. Cette femme qui allait découvrir ses pulsions suicidaires et ses nombreuses conquêtes. Ce soir là, la neige tombait délicatement sur le pavé. Les lampadaires lui donnaient cette jolie couleur jaune sépia, ce genre de couleur qui faisait de lui le plus triste des hommes. Mais ce qu'elle ne savait pas, c'est qu'il avait découvert, lui aussi, ses nombreuses aventures avec d'autres hommes. Des types arrogants, qui la traitaient comme une moins que rien. Des types sans âme et sans grandeur. Sans esprit et réflexion. Des minables. Avec un porte-feuille à alléger. C'était tout. 

Cela faisait dix ans qu'il n'avait pas revu ses enfants. Il avait fini par se désespérer de les revoir avant sa mère. L'embrigadement maternel... C'était moche, mais en même temps, ça le soulageait de savoir ses enfants loin de lui et de ses pulsions meutrières. Pourtant, ils étaient encore mariés, elle n'avait pas fait de demande de divorce. Il avait porté plainte au comissariat, ces incompétents n'avaient rien fait. Il le savait, elle avait une aventure avec le comissaire. A l'écouter, elle avait eu des aventures avec tous les types de la ville. Il avait des tendances paranoïaques. On pourrait même pencher pour de la schizophrénie. C'est ça qui avait fait peur à Emmanuelle. Le dédoublement de personnalité de son mari. 

La lumière des lampadaires faisait scintiller le canon du fusil. Les larmes roulaient sur ses joues, il ne savait pas pourquoi. Ses yeux bleus qui l'avaient fait fondre, lors de leur premier rendez-vous. Il s'était saigné à blanc pour lui offrir ce qu'elle voulait. Des robes de créateurs aux paquets de cigarettes et bouteilles de bourbon... Tout le spectre de la féminité en une seule femme. De la top-model à la metalleuse. Un sacré mélange. 

La sono du salon jouait Where is My Mind. Bah tiens. C'était beau de se rappeller du seul film qui traite de la schizophrénie d'une manière aussi violente. Ca lui donnait aussi envie d'aller se combattre contre des inconnus. Sauf que lui savait pertinemment qu'il était seul. Depuis le départ. Il savait qu'il se battait contre ses démons, non contre une image idéalisée de lui-même. Quand il sentait son double, plus violent et plus malsain, prendre le dessus, il s'enfermait dans sa cave, et n'en sortait que quand il savait que son esprit s'était apaisé. Il ne vivait plus, tout simplement. Passant sa vie entre quatre murs. Pour ne pas qu'une crise explose alors qu'il était en pleine rue. Ou pire. Il se souvient d'une fois où il avait été violent avec ses propres enfants. Il ne voulait plus être impliqué dans des affaires de maltraitance. Les psychiatres avaient réussi à lui éviter la prison ferme, mais pas le HP. Il était ressorti changé. Lessivé. Démoli. Un peu comme Jack Nicholson dans Vol au Dessus d'un Nid de Coucous. Il se souvenait de toutes les horreurs qu'il avait perpétré durant sa misérable vie. Jeter une de ses conquêtes dans une rivière. Avec sa voiture. Comme Axl dans le clip de Don't Cry. Il se souvenait, en 1997 ou 1998 d'avoir forcé une de ses autres conquêtes (la première ou la deuxième, ça remonte à tellement loin) à regarder l'éclipse sans lunettes. Elle était devenue aveugle, il l'avait déposé sur les rails. Et attendu le passage du TGV en fumant sa cigarette. Comme s'il n'attendait rien. Et de nombreux autres meurtres. Tellement horrible qu'il en hurlait la nuit. Il avait fait trois tentatives de suicide. Aucune n'avait marché. 

Là, seul, dans sa cave, la sono à fond qui jouait Criminally Insane, de Slayer dans le salon, personne ne pourrait le sauver. De toute façon, il n'avait pas l'intention de survivre avec tout ça sur la conscience. Il n'eût pas le temps de penser une dernière fois. La balle avait propulsé sa cervelle contre le mur.

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commentaires

Sékateur 24/09/2012 19:22

J'aime beaucoup le dénouement ! Un message d'espoir, un vrai !

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