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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 21:42

Il m'était difficile de faire un choix parmi les livres imposés. Évidemment, il a fallu que le seul livre que je connaisse soit déjà choisi. Je veux bien faire une analyse de livre, pas de problèmes. Mais quel livre ? Alors, comme la prof s'impatientait de ne pas voir sa feuille revenir, elle m'a dit "Tu sais pas quoi choisir ? Tu choisiras le dernier livre qu'il reste". Alors j'ai attendu la fin. C'est long, une heure de roulette russe littéraire. Le seul qui restait ? Shining, de Stephen King. Je n'avais pas trouvé La Ligne Verte terrible, alors j'ai tendu le dos et j'ai appuyé sur la détente.

C'était pendant les vacances d'hiver, celles de Février, les plus longues, en plus. Mes parents avaient loué un chalet à la montagne. Le propriétaire du chalet nous avait emmené en chasse-neige, si on avait besoin de quelque chose il nous suffisait de l'appeler, il venait. Très grand, pas cher, mais vétuste et mal isolé. Avec l'électricité, quand même, je remercie l'inventeur du groupe électrogène qui nous a permis d'avoir de l'eau chaude, quand même. Je tiens à préciser que je hais le ski, le snowboard, tous ces trucs à la mode qu'on pratique quand on a un peu d'argent de côté. Je trouve ça chiant de monter et descendre sans cesse la même pente. Alors, pendant qu'ils partent skier, moi, je lis. On était à une altitude certaine et conséquente. Il faisait froid, c'était une horreur. Alors je tremblais en lisant Shining. Au début, ça allait, c'était gentil, une famille qui part garder un hôtel pendant six mois. Et... non, finalement. Je déteste par dessus tout que la fiction se mêle à la réalité. Si ce n'est que de la pure fiction, j'arrive à gérer le stress.

Par contre, quand il commence à y avoir des bruits au grenier, quand je suis tout seul en pleine nuit parce qu'ils ont tous été skier by night, c'est moins cool. Alors, je prends la batte de base-ball qui traîne dans le chalet (une batte dans un chalet de montagne, j'hallucine encore), je sors dehors (pour aller dans le grenier, c'est encore plus flippant) et monte à l'échelle. Certainement un oiseau ou un chat. J'entends que ça grogne, je redescends chercher la lampe torche. Je remonte, plus rien. J'ai passé deux jours enfermé dans ma chambre, seul, avec pour seul repas du fromage à raclette et de la bière. C'est qu'on est faible, à seize ans, surtout sans ses parents. Mes parents étaient coincés en bas des pistes, la neige est tombée avec une telle abondance que les accès aux pistes et les routes de sorties, dont celle menant au chalet, évidemment, ont été bloqués jusqu'à la fin des chutes de neige et des vérifications d'usage. J'aurais su, j'aurais eu deux nuits en hôtel gratuites...

Les bruits dans le grenier continuaient, toujours plus forts. Je sortais, tout s'arrêtait, étrange. J'avais l'impression d'entendre des pas, dehors, la paranoïa m'inonde, mon royaume est incertain, mon palais s'effondre, bientôt, il ne restera plus rien. C'est long, quarante-huit heures, seul, dans un chalet, sans électricité. J'essaye tant bien que mal de relativiser, c'est compliqué. J'ai pas dormi depuis vingt-sept heures, j'ai le stock de Red Bull à portée de main. Le drôle d'effet que le résultat du mélange fatigue et Red Bull. Les ombres bougent, maintenant, dehors. Elles font craquer la neige sous leurs pas. "Giant Jack is on my back, now". Qui est mort, qui ? Je veux, je dois savoir. Si c'est pour moi, c'est pas la peine, je me battrai. Les nuits sont longues, le vent hurle comme un mort. Il n'y a presque plus de bois, j'ai froid. Je sais plus quoi faire. Fermer les yeux et mourir, ou les garder ouverts et survivre ?

Saloperie de livre. Saloperie de neige. Saloperie de ski. J'ai jamais aimé ça, de toute façon. Au moment où je sombre dans le sommeil, la porte s'ouvre. Je hurle. Il pose ce qu'il a dans les mains et vient me voir. "Giant Jack is on my back now".

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