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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 18:27

Après avoir poussé un coup de gueule contre les fascistes et les antifascistes, j'aimerais pousser un coup de gueule envers ce milieu qu'est le rap (français ou non, c'est pas bien grave, en fait).

Pourquoi ? Parce que je trouve étrange qu'on donne tant de place à une musique graveleuse, misogyne (qui peut me citer des nanas en baggy et avec des casquettes NY vissées sur le crâne ayant réussi à percer ? Et oubliez Diam's, ça compte pas) et violente dans une société où l'on prône le contrôle de soi, le respect de la femme et la non-violence. Sérieusement ? C'est pas du discrédit total pour les deux côtés concernés ? De un, le rap qui se retrouve le cul entre deux chaises, à devoir faire des chansons tiédasses pour un public qui veut de la baston et du sang. Et de l'autre, la société qui est maintenant obligée de légitimer les artistes rap parce que c'est "mainstream" (et que le mainstream, ba cé cool parske tu entands les artists ke tu émes bi1 sur toute les chénes de télé et a la radio. SKYROCK BG !) et que l'élite culturelle bobo y voit les nouveaux Indignés d'une société qui tombe en lambeaux (un beau tas de conneries, oui). Non, pas d'accord. Et ce, pour deux raisons. De un, le rap n'a pas vocation à être mainstream. Comme le metal, c'est une mouvance souterraine qui n'a(vait) pas vocation de s'extraire de ce monde-là (excepté les premiers groupes qui ont fait le genre). De deux, le côté mainstream tue la musique. D'un coup, tu te retrouves propulsé en avant, tu ne sais pas quoi faire, tu dois t'adapter, ton public change très vite, tu commences à remplir des énormes salles. Et tu te retrouves là, à devoir souffler le chaud et le froid pour garder tes anciens adeptes et en ramener toujours des nouveaux.

Le truc d'autant plus moche, c'est que le rap a récupéré un filon en or : celui des jeunes en manque de repères : comme le punk au début des années 70, le rap se prétend "musique des indignés et des sans repères" (un truc de filou, puisque tout le monde a des repères, en fait). Et c'est là tout le problème : faire croire à des jeunes qu'ils ne peuvent rien faire s'ils rentrent dans les codes.

De plus, on assiste à une éternelle ritournelle du rap : sa persévérance à vivre dans les années 90. Aucun rappeur ne s'est-il aperçu que la société a changé en 20 ans ? Ils pensent toujours que "niquer la police", c'est classe. Ils pensent toujours que la femme est uniquement à considérer sous son aspect de "vide-burnes" et de femme-objet. Ils pensent encore que si tu ne vis pas dans les cités tu n'es pas du même monde. Ils pensent encore que si t'es blanc, tu les détestes (un peu comme les fachos qui te disent que si t'es typé maghrébin, t'es un bougnoule, quoi). Un rap pour choquer Marie-Catherine de la Feuillante qui trouve horrible qu'on puisse dire que "la 6T c'est de la merde et qu'on devrait tous avoir la tehon de notre vie si on dit rien". Un rap so 90's, qui, au lieu de traiter, à sa manière, les problèmes de son époque, préfère traiter les problèmes d'une génération dorée du rap, celle des années 90 qui leur a donné confiance en ce qu'ils faisaient (légitime mais complètement contre-productif, puisque les années 90 ne sont pas les années 2010... Captain Obvious, yay !), celle qui a eu une portée symbolique car elle arrivait après deux décennies de chansons tiédasses (autant française qu'étrangère) et que ça apportait un sang neuf, un style totalement inconnu, qui vocifère sur la société sur un flow lyrique et puissant. Tout le contraire de ce qui se fait aujourd'hui. Les basses sont légitimées et portées en seul instrument, le flow est réduit à un simple ruisseau et les paroles ne représentent rien.

Bien que je sois très critique, je conçois très bien que le rap n'est pas que ça. Qu'il n'est pas seulement une machine commerciale avec des codes préétablis par des majors. Le rap, c'est aussi un univers qui permet de cracher sa détresse comme aucun autre, il permet de fédérer de vrais amateurs de musique (je parle du rap underground, celui qui a encore sa fierté, qui s'assume même s'il galère à remplir des salles) et permet de déconstruire une société du culte de plus en plus forte. 

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Published by Hannibal - dans Réflexion
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