Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 18:18

La baie vitrée reflétait des lueurs de mort. De celles qui remplissent les cimetières, très tard la nuit. On dit souvent que ce sont des feu follets, mais, à ce moment précis, je ne pouvais plus croire en cette explication enfantine. Pourquoi ? Je voyais clairement les visages se dessiner et prendre vie. Je sentais leurs hurlements errer dans ma tête. 

La pièce était remplie de ces couleurs qu'on ne devrait voir qu'avant sa mort, tellement leur beauté vous coupe le souffle. Vous ne comprendriez pas, vous. J'en pleurais. Pourquoi ? Je ne sais pas. J'avais l'impression d'avoir mal partout et, par ailleurs, j'avais l'impression d'être vraiment bien. Une douleur intense et fulgurante au niveau de la tête. Ce genre de douleur qui peut assomer un cheval. Je comptais les secondes qui me séparaient de leur entrée dans la pièce. Mais ils ne faisaient toujours rien, ils se contentaient de frapper les carreaux de leurs lambeaux de chair. Ils se contentaient d'hurler et de faire augmenter mon malaise, petit à petit. Cette douleur qui s'insinue dans tes veines, celle que tu ne contrôles pas, celle que ton cerveau ne peut même pas réduire. J'avais l'impression de convulser. J'avais l'impression de chuter sans cesse. Et de me relver juste après. Un horrible cercle vicieux.

J'ai eu l'impression, pendant un instant, d'accéder à un supplément de réalité. Celui qui est parfois décrit chez Borges. De voir tous les points de l'univers en même temps mais distinctement. D'entendre tous les bruits, séparément. Juste comme si je suivais plusieurs conversations en même temps. Je n'arrivais plus à séparer le rêve de la réalité. Je savais que dehors, c'était la guerre, mais je souhaitais la paix. Je savais que dehors, ça allait être la paix, alors je me mettais à vouloir le chaos. Toutes mes pensées se contredisaient. La contradiction physique était devenue contradiction psychologique. Je compris alors ce qu'il se passait réellement dehors. Ce n'était pas de simples fantômes, comme j'avais pu me l'imaginer. Je me souviens ma grand-mère me sermonant que, si je n'étais pas sage, les chevaliers de l'Apocalypse m'emmèneraient sur leurs chevaux de feu. Ils fracassèrent la vitre, pénétrèrent dans mon taudis. Je voyais le premier arriver vers moi. Un glaive dans la main droite, dans la gauche, une Bible. Et, pour la première fois, j'ai prié. A m'en faire péter le cerveau.

Soudain, les lumières s'évaporèrent littéralement. Je voyais les volûtes de celles-ci s'échapper vers les étoiles. Mon malaise s'évapora aussi. Instantanément. J'étais de nouveau seul chez moi. Le néon de la cuisine crépitait de nouveau. Et je sentis un nouveau malaise. Celui de la civilisation ambiante errer en moi.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : My Way of Thinking
  • My Way of Thinking
  • : Vous vous rendez compte de ce qu'il se passe dehors ? Non mais allô quoi.
  • Contact