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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 20:00

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Pour moi, et comme pour la plupart d'entre vous je suppose, Deep Purple, c'est, avec Led Zeppelin et Black Sabbath, l'un des trois piliers qui ont amené la musique contemporaine (son côté hard-rock, heavy, metal en tout genre, évidemment). Deep Purple, c'est aussi le groupe qui a composé le banal, mais non moins légendaire, riff de Smoke on the Water. Deep Purple, c'est aussi, cette machine de guerre live qui pouvait faire durer ses morceaux jusqu'à 20 minutes (Space Truckin', de Made in Japan) grâce à une alchimie musicale particulièrement forte et très persuasive (quel guitariste pourrait faire coïncider la tonalité de sa guitare avec la voix de son chanteur pour arriver à une telle puissance d'improvisation ?). Deep Purple, c'est aussi le génie individuel de chaque musicien, de la patte qu'il apporte à chaque composition. Tout s'harmonise dans une alchimie parfaite. Deep Purple, c'est, avant toute chose, le génie du claviériste Jon Lord (qui restera toujours vivant, à travers l'oeuvre magistrale qu'il a laissé, surtout avec le magnifique Child in Time, tiré d'In Rock), le toucher génial de Richie Blackmore (les riffs, les solos, tout est magistral), la patte rythmique de Ian Paice et le chant de Ian Gillan, et le jeu si spécifique de Roger Glover à la basse (ouais, c'est bidon, mais fallait bien que je trouve quelque chose à dire à propos de cet homme). Pour moi, l'essence de Deep Purple, c'est grosso modo, la deuxième période, qui va de 1969 à 1973. Trois albums magistraux : In Rock, Fireball et Machine Head et deux lives : Made In / Live In Japan. C'est tout. Après, le groupe vivote, plus ou moins bien, change de line-up, implose, se reforme sous une forme différente, sans jamais retomber sur le line-up d'origine qui aurait fait revenir la machine de guerre post-Woodstock qui écrasait tout sur son passage. 

Now What ?!. Maintenant quoi ?! Rien. Plus rien. Un album vraiment lourd, rien de bien transcendant. Le synthé est juste immonde, la guitare de Steve Morse est bien loin d'égaler le jeu toute en finesse de Blackmore. Gillan l'assure dans l'Est Républicain (oui, moi aussi, j'ai été skotché de lire l'interview de Gillan dans mon journal local), sa voix n'a pas bougé et il peut toujours couvrir ses cinq octaves comme il le faisait dans le passé. Certes, au niveau technique, il n'a pas bougé. Mais par contre, le supplément de magie et d'âme qu'il mettait dans sa voix a complètement disparu. On ne sent plus un chant habité, on le sent juste présent parce qu'il doit faire le job (et accessoirement, refaire du blé avant de se retirer définitivement. Après cet album, c'est ce que j'espère du moins), il suffit de l'entendre sur All the Time in the World pour se rendre compte que ce n'est que de la poudre aux yeux (un phrasé à la limite du chanté, on a assassiné Lou Reed pour moins que ça, je vous rappelle), l'esprit de composition a disparu, malgré trois des cinq membres d'origine présents (Paice, Gillan, Glover). Jon Lord doit faire la toupie dans sa tombe. 

Parce qu'il est important de comprendre quelque chose : cet album se veut un hommage au génial Jon Lord, partant de ce constat, il faudra donc m'expliquer pourquoi le synthé est si dégueulasse et si poussif sur la plupart des chansons. Jon Lord avait réussi le pari fou de rendre ça (parce que ce n'est pas un instrument, on est d'accord) musicalement parfait. Don Airey l'utilise comme les groupes de disco le faisaient dans les années 70 ou 80 : en mettre plein partout, parce que ça sonne, pour donner du relief à la musique (c'est ce qu'il a l'air de croire). Mais c'est faux. On a juste l'impression de se croire, parfois, dans une bande-son d'un film romantico-comique de série B des années 80, et pire encore, parfois on a l'impression d'être dans un de ces fantasques, mais malheureusement nombreux, groupe de... power metal. Oui, mesdames et messieurs, Deep Purple a viré power metal. Ou non, si l'on veut être vraiment précis, Deep Purple a viré groupe de power hard-rock (ce qui est bien pire, parce que le hard-rock est déjà plus kitsch que le metal. Alors du power hard-rock, imaginez... Un peu comme Kiss, en moins kitsch et en beaucoup plus tardif, mais je ne m'attarderai pas sur leur cas, ils étaient dedans parce qu'ils le voulaient : quand on commence en glam, on finit en power. Sauf pour Pantera, mais Phil Anselmo est arrivé au bon moment).

Selon Gillan, Above and Beyond est un morceau dédié à Jon Lord. Le seul problème, pour moi, c'est que c'est le morceau où le synthé est vraiment le plus cliché, le plus crade, le plus disco, le plus Bontempi (si vous voyez ce que je veux dire) qui ne rend vraiment, mais vraiment pas hommage à Jon Lord. Ce serait plus une grosse ironie, du genre "T'étais le meilleur, mais c'est dommage, t'es mort. Regarde, Don a composé cette piste de synthé en ton hommage. Et on va la garder, parce que t'étais vraiment meilleur que lui". A la rigueur, le break de Hell to Pay peut rendre justice à Airey, mais vraiment parce que ça cogne derrière et que ça sonne Jon Lord. Surtout parce que ça sonne Jon Lord. Mais bon. On retombe très vite dans un truc très fantasque et tout cliché du synthé de groupe de hard-rock post-80's (mais si, vous en voyez, c'est juste que vous n'êtes pas assez téméraire pour aller en chercher un). Vous écouterez Après Vous, et vous me direz si Jon Lord aurait eu la décence de proposer une intro pareille.

Deux trois solos de guitare sont à relever quand même, comme celui de All the Time in the World, qui passe plutôt bien. Le morceau Vincent Price sonne plutôt bien, relativement bien, même. C'est certainement le moins immonde de cet album, même au niveau du synthé, qui tombe pile-poil dans l'idée que l'on peut se faire de Vincent Price (après avoir vu le court-métrage Vincent de Burton). Un Deep Purple tirant sur une idée de Black Sabbath FM (oui, on peut pas faire autrement, à part s'appeller Black Sabbath), avec des nappes de synthé gothique qui auraient pu être portées en chef-d'oeuvre au début des années 90... Sauf qu'on est en 2013 et que Deep Purple n'est plus du tout dans le coup. En espérant qu'ils se décident à arrêter après la tournée mondiale qui suivra cet album, et qui marquera, à coup sû, les morceaux d'origine du Purple d'un brassard noir. 

Loin d'être un album de Deep Purple, Now What ?! se caractérise par une hypocrisie assez énorme : sous couvert d'être un album hommage à Lord, sous couvert d'être une reformation quasi-complète du Purple d'origine, ce groupe (qui n'est pas, qui n'est plus Deep Purple) nous sort un album digne d'une OST de film de série B des années 80, où le synthé prévalue sur tout, pour "rendre hommage à Lord" sous le nom de Deep Purple. En même temps, pouvait-on attendre autre chose ? Serions-nous assez fous pour nous attendre à un monument du hard-rock 70's, qui rende vraiment hommage à ses créateurs (y compris Blackmore), 40 ans après le succès de Machine Head ? Je ne pense pas. Je ne m'attendais à un tel chaos. Le temps nous permet d'oublier, mais cet album restera au ban de ce que l'original Deep Purple a pu faire.

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Published by Hannibal - dans Chroniques
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