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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 20:58

Sakura.

Au dessus d’un lac, sur le ponton du port.

On était là, heureux, ne se souciant pas de l’avenir, proche ou éloigné. Je te tenais dans mes bras, tu me regardais, tu souriais, on était deux, entourés d’un bonheur majestueux. Ce lac, s’éloignant à perte de vue, nous faisait frissonner. Pourquoi ? Il commençait à faire frais, le mois d’Août touchait à sa fin. Nous décidâmes de remonter dans le parc, un peu plus haut, pour admirer le ciel étoilé, voir la pluie d’étoiles filantes, la Lune rousse, me rappelant ton visage. Va savoir pourquoi. Peut-être sa beauté, que je suis seul à percevoir. Peut-être que je suis seul à être conscient que tu es aussi inaccessible qu’elle. Peut-être que bientôt, même, un de nous la rejoindra. Tu commençais à trembler. En bon gentleman, je te couvrais les épaules de ma veste. Oui, un état de bonheur pur. Seule ta chaleur, seule la chaleur de ton corps, pourtant assez faible me faisait me sentir heureux, à ce moment-là. On se rapprochait de plus en plus, comme un aimant attire le métal. On ne peut lutter, c’est une loi générale. Nos lèvres, pourtant pas de métal, se sont rapprochées aussi. Des minutes qui paraissaient durer des heures, des secondes s’écoulant au ralenti, le bonheur absolu. On s’étendit dans l’herbe, humide, mais tiède. Nous regardions les étoiles, lorsqu’une étoile filante est passée. En même temps, nous avons dit "Fais un vœu, et nous n’en serons que plus heureux". On riait, on ne s’arrêtait plus. Tu voulais passer la nuit à la belle étoile. J’ai cédé. Quand tu fus trop fatiguée pour continuer à courir comme une fillette de sept ans qui a son premier amoureux, tu es venue t’allonger, tu as posé la tête sur mes genoux, et j’ai commencé à te raconter des histoires, vraies ou fausses, peu t’importait. Tu aimais mes histoires, elles te faisaient partir dans un autre monde, plus beau, plus majestueux, plus pur.

Quand tu t’es endormie, j’ai délicatement posé ta tête sur la terre meuble, et j’ai sortit le paquet de cigarettes et le cierge que j’avais dans la poche. J’ai allumé le cierge avec un briquet, de même pour la cigarette. Lorsque le cierge fut allumé, je me suis senti vidé d’énergie, comme si celui-ci captait toute ma vivacité. Je décidais d’aller marcher un peu, pour me dégourdir les jambes, mais tout en restant à une distance respectable de ton frêle et magnifique corps, ne te tournant jamais le dos, de peur qu’il t’arrive quelque chose.

Le brouillard, comme un poison, s’insinuait entre nous. Je le trouvais beau, ce brouillard, moi. Je pense que tu ne regarderas plus la brume de la même façon maintenant. Parce qu’à ce moment là, une branche craqua dans les fourrés, je te quitte des yeux, fraction de seconde, macromolécule d’inconscience de ma part. Le brouillard, comme n’attendant que ça, en profita pour t’envelopper et t’emmener, loin de moi, loin de mes yeux. "Loin des yeux, loin du cœur"... Quelle bassesse. Pourquoi les gens inventent-ils des proverbes pour parler de choses si évidentes. Des phrases, des mots, purs, durs, bruts suffisent. Un autre bruit, plus proche, plus fort, me fait me retourner. Je ne pense qu’à ta survie, ma vie m’importe peu. Je t’aime tant.

Un liquide se déverse, lentement, à mes pieds. Je ne peux voir la source exacte. Une odeur d’essence me monte à la tête, je vois le cierge rouler. Je ne peux bouger. Alors, je vais donc mourir comme ça. Mourir d’un truc contre lequel tu t’es toujours battue. Tu m’avais dit, je le sais, je suis fautif, que mon obsession à vouloir allumer des cierges quand je me sentais bien ne me mènerait qu’à une mort certaine. Je ne t’ai pas écouté. J’attends la combustion, qui n’arrive pas. Le cierge, lui, arrive à mes pieds. Éteint. Je suis soulagé. Un choc, violent, me propulse au sol. J’avais oublié la cigarette que je tenais à la main, elle enflamme le cercle.

Into the Fire. Je souris. Lui aussi, c’était ton idole. Marylin Manson. C’est cette ironie, qui me fait sourire. Tu n’aimais pas ma manie des cierges, tu n’aimais pas que je fume. La dernière chose à laquelle je pense fut Marylin Manson, que je n’aimais pas. Mais toi, je t’aimais. Si tu savais comment ce fut dur de ce dire que je te laissais seule, au milieu du brouillard, tout en sachant que j’ai laissé les clés de la voiture et de la maison dans ma veste. Je tâte les poches. Ma veste est sur ton dos. J’aurais au moins fait quelque chose d’utile. Je t’aime. Je meurs. Cela ne dure pas longtemps. J’ai mis un pied dans l’essence, sans m’en rendre compte, je m’enflamme, véritable torche humaine. Je "pète le feu". Amère ironie, n’est-il pas ?

 

 

Au moment de la combustion, Sakura ,en sursaut, se réveilla.

Elle cherche son Warrior qu’elle aime partout, mais le brouillard semble l’avoir englouti, mâché, digéré. Elle décide donc de se relever, sentant encore les effluves de parfum qu’il portait, qu’elle lui avait offert pour la première année de leur rencontre. Elle repensa à cette date, se mit à faire rouler des larmes chaudes le long de ses joues. Savait-elle ? Non, bien sûr que non, mais savoir qu’il peut être parti n’importe où, au milieu du parc, du brouillard, de la nuit, rajoute un peu à sa peur. Elle sait bien qu’il ne l’aurait jamais laissé seule, dans un endroit inconnu. Il n’était pas ce genre d’homme, ce genre à user et à abuser de la confiance de petites princesses comme elle.

Il était bon, quoiqu’un peu naïf, pas méchant, pas stupide, loin de là. Ce qui l’avait fait craquer ? Sûrement son sourire, son rire, pas tellement son physique : elle ne voulait pas un apollon grec, juste un type banal, mais avec du plus dans la cervelle. Elle a aussi craquée pour toute sa gentillesse. Il avait juste une facilité à dire "oui" à toutes les personnes qui lui demandaient quelque chose. En particulier à elle. Il se serait jeté d’un pont, juste pour ses yeux verts, profonds, magnétiques, envoûtants. Il ne pouvait pas l’avoir abandonné comme ça, elle le savait, il s’était passé quelque chose. Il en était le centre.

Elle se mit à avancer dans le brouillard. Ou plutôt à errer sans directions précises. Chaque pas l’éloignant peu à peu du cercle de feu entourant d’amour son Warrior. Elle avance vers le bois, ne sachant pas ce qu’il l’attendait. Si seulement elle savait. Tout en marchant, elle se demandait pourquoi, certaines personnes se sentent mal à l’aise dans le brouillard. Elle y était bien, elle. Quoiqu’un peu froid et humide, en fait. Elle repense à tous ces films d’horreur, à ces scènes obscènes qui se déroulent dans la forêt, dans le brouillard. Un branche craque. Anodin. Pas pour elle. [...]

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