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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 21:40

Elle revint à l'instant présent. Ils étaient assis sur les galets et regardaient la rivière, signe de vie et de temps qui passe. Elle aimait le calme. Lui, la regardait avec ce regard. Celui qui veut tout dire, celui qui ne veut rien dire en même temps. Le jour, sur le déclin, laissait place à une nuit sombre, sans lune et sans étoiles. Une des ces nuits où le temps semble virer à l'orage, où la lune joue à cache-cache avec les nuages. Quand il la serra dans ses bras, elle sentit un courant passer entre eux deux. Un de ces chocs comme elle n'en eût plus jamais depuis. A la fois violent et doux, puissant et inefficace, rapide et si lent. Elle savait que ça serait lui, et non un autre, qui partagerait sa vie jusqu'à ce que la mort les sépare. Elle dût réprimer un violent besoin de plonger sa tête dans ses épaules, de fondre ses lèvres avec les siennes. Elle se sentait vidée de toute énergie. Elle voulait s'envoler, mais elle ne pouvait pas faire un pas. Ils repartirent, regardant encore la rivière, une dernière fois. Un silence s'installa entre eux. Pas un silence oppressant, mais un silence léger, comme libéré d'un poids trop longtemps inavoué. Ils restèrent dans les bras l'un de l'autre encore un certain temps, avant de se quitter et de repenser à cette magnifique après-midi. Elle lui en était reconnaissante. Il ne se souvenait pas avoir aimé comme ça. Elle se sentait libérée d'un poids, libérée du silence qui entourait ce sentiment. Il se sentait si léger qu'il aurait pu sauter à pieds joints, puis s'envoler vers le paradis. Ils ne désiraient qu'une seule chose tous les deux, c'était de se retrouver le plus tôt possible.

Le passé gifla Elenna au point de lui faire oublier la douleur un instant. Elle se sentait virer dans un monde où le présent, peu importe son importance, s'effondre et laisse place à un monde noir, où le moment que l'on vit est déjà connu. Elle revivait sa vie et se sentait de plus en plus déprimée, au point de vouloir exploser sa tête contre les murs, s'enfoncer des aiguilles dans le cerveau, regarder le vide, et sentir le sol vaciller, et tomber. Dans cette rivière... dans cette rivière... dans cette rivière. Cette phrase hantait Elenna, au point de lui faire peur. Il fallait qu'elle redécouvre, qu'elle ressente par elle-même ce qu'elle avait senti la première fois. Elle marchait donc d'un pas décidé vers ce lieu hanté. Lorsqu’elle arrive en ce lieu, elle sentit la peur l'envahir.

C'était aussi ici que Zak avait décidé de mettre fin à ses jours, à ceux d'Elenna, aussi, indirectement. Il était venu seul, une nuit de pleine Lune. Le ciel était dégagé, les étoiles apparaissaient les unes après les autres, laissant place à des constellations qui envoûtaient ses yeux. Il se laissait porter par elles. Il ne savait pas ce qu'il l'avait poussé à agir comme ça, tout du moins à vouloir agir comme ça. Il savait qu'elle se sentirait coupable de ce qu'il allait faire. Il savait, lui, qu'elle n'y était pour rien. Mais elle, l'ignorait complètement. Il ne se sentait ni bon ni méchant. Après tout, c'est lui qui souffrait, et qui désirait quitter ce monde. Il savait, au fond de lui, qu'il lui ferait plus de mal qu'il ne s'en ferait à lui. Mais bon, la vie, c'est la vie, et il savait qu'ils devraient passer par là un jour ou l'autre. Il s'était laissé emporter par ses pensées, s'en voulait, parce qu'il perdait du temps. Trop de temps. Les minutes qui lui restait s'écoulaient trop lentement à son goût. Il ne voulait pas profiter de la vie qu'il lui restait. Il ne voulait plus lutter. Il lui avait laissé un mot, pour s'expliquer, expliquer son geste, tout du moins, tenter de le faire. Mais il savait très bien que cela était purement inutile. Il commençait à se lever, lorsqu'un bruit attira son attention vers les sous-bois, là où la lumière ne pénétrait que difficilement, et par bribes diffuses. Au plus profond de ce sous-bois, se tenait une forme, immobile, mais floue, peu attrayante. Zak s'approchait, retenant son souffle, ne sachant pas quoi trouver. Bizarrement, il ne pensa plus à son suicide, mais à identifier la chose. La chose se leva, et ce que Zak vit, Zak ne l'aurait jamais oublié s'il avait eu le temps de s'enfuir en courant. Il chuta lourdement, la chose passa sur lui, et, au lieu d'une forme humaine, un petit tas de cristaux bleus.  

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