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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 21:41

Elenna. Vingt-deux ans.

Elenna. Regarde vers le passé.

Elenna marche, marche, encore et encore, jusqu'à en avoir les jambes coupées, jusqu'à ne plus ressentir la douleur.

Elle veut retourner vers ce passé, cette chose inaccessible qu'elle regarde tout le temps, à chaque instant, chaque minute. Chaque seconde passée à regarder en arrière l'éloigne un peu plus de la vie présente qu'elle mène, en demie-teinte. Moitié morte, moitié vivante, Elenna flotte entre deux mondes, deux états parallèles. Elle sait qu'elle peut s'en sortir. Mais elle ne veut pas. Elle ne désire pas oublier cet homme. Celui qui lui a fait découvrir la vie, la joie, la haine, le bonheur, les pleurs.

Elle se jette à corps perdu dans une cause déjà perdue. Même les shooters de vodka ne l'aident plus à oublier. Même les lignes de coke ne lui font plus d'effet. Et pourtant, Elenna a mal, trop mal. Elle veut, désire oublier.

Elenna ne peut vivre sans lui, sans cet homme qui lui apportait bonheur et humanité, calme et volupté. C'est, en fait, plus un choix de vie qu'une obligation.

Alors, pour passer le temps, Elenna s'assoit et comate. Parfois, elle plonge dans le rêve. Le revoit, lui, Zak, son défunt amant. Elle le voit courir, dans une rivière. Elle le suit, pleurant toutes les larmes de son corps. Elle sait que dans cette rivière, tout finira par redevenir noir. Elle sait que dans cette rivière, le retour est impossible. Et tout d'un coup, Zak devient forme. La forme devient fantôme. Le fantôme devient invisible et se meurt, peu à peu, dans cette rivière.

Elenna, dans un sursaut, se réveille, le visage mouillé de larmes, d'avoir trop pleuré la mort, d'avoir trop attendu la vie.

Elenna, alors, descend dans la rue et va marcher. Elle s'arrête dans un bureau de tabac, ressort avec un paquet de Camel. Elle en grille une, en repensant à son sommeil hanté. Elle s'assoit à la terrasse d'un café, attend. Sa journée défile lentement. Elle rencontre certaines personnes, en évite d'autres. Journée banale, en somme. Elle finit par rentrer chez elle et reprend un rail, comme ça. Pour la forme. Elle n'en a plus besoin. Son organisme a totalement identifié la substance et les effets deviennent minimes, jusqu'à devenir inexistants. Elle tombe. De sommeil, de douleur, de fatigue, de ressentiment. Tout cela au même moment.

Et là, dans un rêve quasi-parfait, la route, menant à la rivière. Elle se réveille en pleurs, le thorax comme brisé, la tête prête à exploser en milliards de morceaux, tous aussi gros que son chagrin. Il est de ces moments comme indéfinissables, qui sont juste violents et que l'on veut garder pour soi, voire même oublier. Celui-ci en était un. Une pâle lueur de jour commençait à s'élever sur la cité, et Elenna ne voulait plus refermer un œil. Elle se sentait comme désemparée, déboulonnée de son socle d'acier. Ce rêve était si clair, si précis qu'elle aurait pu y courir les yeux fermés, en ne se fiant qu'à ses souvenirs brisés. A leurs souvenirs, à Zak et à elle. C'était au début de leur relation, il y a environ six ans. A ce moment, ils étaient juste amis, des amis proches, certes, mais amis quand même. A la sortie du lycée, Zak voulût emmener Elenna dans un lieu qu'il considérait «propice à l'imagination, à la rechute vers le passé et à la dégustation de l'instant présent».

Il l'avait donc conduit sur les berges d'une rivière. Elle avait été étonnée de voir ce lieu pour la première fois. Elle ne savait même pas qu'il pouvait exister un tel lieu à seulement vingt minutes de marche d'une ville de taille moyenne. Qui plus est, Zak avait emménagé deux ans auparavant. Elle, était là depuis sa naissance. Elle voyait la vie reprendre le dessus. Elle voyait la vie vaincre la mort. Elle voyait la nature vaincre le béton. Elle voyait les animaux vaincre les humains, sans sentiments, rangés dans des box, avec du ciment dans les yeux. Elle voyait le Soleil dans sa plus brillante et imposante forme. Et, plus important, elle respirait enfin. Au fond d'elle, et bien avant cette journée idyllique, elle aimait ce qui émanait de Zak. Son odeur, sa chaleur réconfortante, son sentimentalisme malgré les apparences qu'il envoyait. Elle l'avait aimé dès qu'elle l'avait croisé, en ville, bien avant même de savoir qu'ils se retrouveraient dans la même classe, dans le même lycée. La probabilité était infime. Le destin a bien fait son boulot.

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