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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 16:20

Je crois que je vais finir par apprécier pousser les coups de gueule contre à peu près tout et n'importe quoi. Il y a deux semaines, c'était les fascistes et les antifascistes, la semaine dernière, le rap de banlieue. Aujourd'hui, je suis d'humeur pour matraquer un petit coup l'Europe, cette institution qui devait changer nos vies et les rendre meilleures.

Ça a commencé bien avant Maastricht, un truc du genre 1957, sous De Gaulle, c'est pour dire. A l'époque, ça s'appelait la CEE (Communauté Économique Européenne) et on devait prendre les décisions à l'unanimité. A l'époque, ils étaient 6 (France, Allemagne, Pays-Bas, Luxembourg, Italie, Belgique) et De Gaulle s'était promis de mettre un beau bordel si le mode de vote n'était changé (comprenez si le mode de scrutin restait à l'unanimité et pas à la majorité). Et il le fit. Cet homme était un fou. Ou un visionnaire. Ou les deux. Pendant six mois, De Gaulle refusa que la France participe aux questions de traités (ou tout autre chose ayant un trait avec l'Europe, en fait) pour montrer que c'est bien lui qui a botté le cul des ennemis en 1945 (alors que c'est pas vrai, les Français se sont pris une branlée, mais ça, faut pas le dire, c'est mal pour le moral national, qui est déjà pas folichon. Alors, si en plus on leur dit que c'est le peuple et pas l'armée qui a triomphé de la monarchie, ils se relèvent plus) et qu'on ferait bien de pas oublier parce qu'il très vite faire dégénérer un truc (va voir comment il a niqué les plans nazis en lançant la résistance, toi). Ensuite, on a demandé aux Anglais de venir. Parce qu'il faut pas être méchant, les Anglais, ils sont cools, ils nous ont aidé par deux fois pendant les guerres, ils étaient pas là, on aurait fait la gueule et on parlerait schleu en ce moment (oui, même l'Alsace a été libérée, oui, mais ils sont un peu maso, mais on les aime bien quand même, hein).

Et après, on rajouté plein de pays qui servent pas à grand chose, du genre la Grèce, l'Espagne ou le Portugal (qui viennent couiner aujourd'hui parce qu'ils n'ont plus un rond dans les caisses) pour dire qu'on était "un peuple uni et indivisible". Je ne parle pas portugais, je ne vis pas comme un espagnol, je ne poutre pas un mot de grec, mais c'est pas grave, j'aime mes frères. En 1992 (un-neuf-neuf-deux. Prononcer mille neuf cents quatre-vingts douze, c'est has-been, loser), arrive Super-Maastricht et son traité sur l'ouverture des frontières. Un truc cool. Qui nous a raméné nombre d'immigrés roumains et hongrois (mais on va dire que c'est la rançon du succès. Oui, je suis pas une pute, je les aime bien, les roumains qui viennent me harceler dans la rue pour avoir "oune pièce pour manger. Sivouplé... Mis enfants, ils vont pas bien, je suis très faim". Constat : on devrait se cotiser pour offrir un Becherelle aux nécessiteux : comment tu veux les aimer s'ils parlent pas ta langue ?) en plus de ceux qu'on avait déjà récupéré avant 1968 : les immigrés polonais, espagnolais, portugais, italiens qui venaient chez nous pour notre accueil humain et le respect des droits fondamentaux des Hommes (y'en a sûrement qui font les ventilateurs dans leur tombe, en ce moment). Maastricht, c'est aussi le début du "On va faire une Europe économique, mais mieux". Partir de ce constat, c'était lucide. Dire qu'on va faire mieux, au vu du regard critique qu'on peut porter, je sais pas trop, en fait. Si c'est mieux dans le négatif, oui, certainement. Mais dans le positif, j'en sais trop rien.

Parce que, là où je veux en venir, c'est que l'Europe est une sorte de monstre tentaculaire créé pour concurrencer les États-Unis (parce que l'URSS, c'est bien gentil, mais en 1992, ça n'existe plus et la Russie est trop faible pour tenter quoi que ce soit). Alors, dans ce contexte, l'Europe est bien contente de se faire une petite place au Soleil. Pas pour longtemps, cependant. La Chine commence à accélérer sa prise d'indépendance par rapport à l'Europe, à être plus dynamique, à avoir plus de polarisation (salaires plus bas, hé ouais). Mais, l'an 2000 apporte son lot de promesses, nouveau siècle, nouveau millénaire. Les attentats du 11 Septembre, Bush, Ben Laden, tout ça est encore loin, alors, dans ce contexte de liesse, l'Union Européenne, sacrée au rang de "puissance économique" (ce qui, entre nous, est assez stupide : comment un seul pays peut-il rivaliser avec une coalition de 27 ?) se lance dans le pressage de monnaie. Je me souviens encore (j'avais 7 ans) des gens avec leurs calculettes bleues toutes moches multipliant constamment les prix en euro par "6,55957" ou demandant, aux caisses "Mais en francs, ça fait combien ?". Une époque où on ne se demandait pas comment finir le mois (pour la plupart des français) et où le litre d'essence ne dépassait pas 1,10€ (oui, je sais, ça fait mal de lire ça). Maintenant que tout ça est bien mis en place, que nos chefs d'État consécutifs depuis 20 ans nous ont bien mis dans la panade, c'est à nous de chercher une solution à leur connerie. Ou non. Plus exactement de payer les pots cassés d'une politique qu'ils n'ont pas su mener à bien. Et ce, pour trois raisons. Il n'y a aucune harmonie européenne. Le "Tout le monde il est beau tout le monde il est gentil", c'est bon, c'est mort. Ensuite, il n'y a pas possibilité d'avoir de vraie réforme monétaire tant que 27 pays lècheront les bottes du capital. Enfin, on ne peut pas espérer une sortie de crise tant que trois ou quatre têtes "pensantes" européennes voudront asfixier trois ou quatres pays pour garder leur puissance économique et leur souveraineté au sein de l'Europe. L'Union Économique Européenne est donc un modèle voué à l'implosion si on ne change pas ce mode de pensée. Parce qu'il est clair que cela nous pend au nez.

L'Europe économique, pourquoi pas. Mais pas comme ça, de but en blanc. Pas directement, sans rien prévoir de stable. Parce que ce qu'ils ont créé repose sur du sable. De jolis sables mouvants qui vont tout engloutir dès que l'on bougera un tout petit trop fort. Ce n'est pas passé loin avec la Grèce. Quelles seront les répercussion après Chypre ? Pour moi, un modèle européen stable reposerait sur deux autres piliers avant l'économie. Le social et le politique.

L'Europe sociale aurait dû être mise en place dès le départ. Avant cette hérésie d'Europe économique. Pourquoi ? Comment peut-on avoir quelque chose de fiable s'il n'y a pas de sentiment de fraternité entre les peuples. J'en conclus que le drapeau européen, l'hymne européen (la Neuvième de Ludwig Van), ce n'est que du vent, le pansement qui cache l'amputation. Il aurait été aussi préférable de disséquer, un par un, tous les comptes de tous les pays membres (au niveau du déficit, la France ne serait même pas acceptée si elle présentait un dossier d'adhésion aujourd'hui) et ceux qui veulent le devenir. Sans finances saines, l'Europe se casse la gueule (on en a la preuve en ce moment). D'autant plus que ce dépouillement pourrait permettre de revoir ce qui ne va pas dans chaque pays (cotisations sociales, âge de la retraite, montant des indemnités, couverture santé), parce qu'il est inadmissible qu'au XXIe siècle, on ait encore de si grandes disparités sur notre joli continent. Et le problème des "cultures locales" n'en est pas un. C'est une chance. Regardez ce qui se fait chez nous, en Bretagne, en Alsace, dans le Nord... Ne peut-on pas faire ça à l'échelle d'un continent ? Une culture commune (les valeurs morales, la pensée...) avec des particularismes pour chaque pays. 

Une fois cette Europe sociale mise en place, une fois qu'on est sûr qu'elle est viable, on peut s'attaquer à un autre problème plus délicat : la politique. Sans une politique commune, on va dans le mur. Preuve en est que, sans avoir regardé précisément les dossiers, l'Europe s'est écrasée face contre terre. Il aurait fallu avoir la possibilité d'une gouvernance commune, pas être gouverné par une hydre à 27 têtes comme c'est le cas aujourd'hui. La politique au niveau européen n'est pas impossible. On a un président européen (un mec qui est là pour le statut, sûrement, parce que, soyons francs, qui a déjà entendu parler d'Herman Van Rompuy, en dehors de ses cours de géographie ? Qui a même déjà vu son visage ?), donc pourquoi pas. Il me semble qu'il se pose la difficile question des 27 présidences nationales. Problème qui n'en est pas un, au demeurant. Pourquoi ? Est-ce un problème, aux États-Unis si 51 États ont tous un chef différent ? En Allemagne, avec les Länder ? Il ne me semble pas qu'il y ait de gros problèmes de gestion. Le problème n'est donc pas là, puisqu'on pourrait très bien, en Europe faire une présidence commune aux 27 États (avec un Président et une équipe) et laisser en place les gouvernements. On met en place un système de lois fédérales (justice, économie, défense...) et on laisse gérer les autres choses moins importantes par les gouvernements en place dans les pays. Personne ne perd sa souveraineté et l'Europe gagne en stabilité.

Il en va, enfin, de même avec l'Europe économique. Une fois que le social et le politique ont été mis en place, sont viables et efficaces, on peut sans peine imaginer mettre en oeuvre une économie commune qui s'appuie sur les différents statuts et qui prend sa source au sommet, dans les bureaux du Président de l'Union Européenne, qui ne contrevienne pas à une loi d'un pays ou d'un autre, parce que tout aura été fait pour qu'il n'y ait plus aucune différence entre les États.


Le projet européen est donc viable, il peut être mis en place. Encore faudrait-il que les gouvernements acceptent de perdre un peu de leur légitimité, de laisser le peuple choisir son destin (pas comme avec le Traité de Lisbonne), d'arrêter de prendre l'économie comme base de la vie humaine. L'Europe est projet pour les peuples, pas pour la finance.

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Published by Hannibal - dans Réflexion
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