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28 septembre 2012 5 28 /09 /septembre /2012 16:26

Tant qu’il avait sa guitare acoustique et sa future femme, il aurait pu vivre sous un pont. Peut-être que Charlotte lui apportait une aisance matérielle hors norme, mais il n’était pas heureux pour autant. L’eau ruisselle le long de ses bras. Il approche les mains de son visage, et ne sait pas s’il essuie des larmes ou de l’eau. Lorsqu’il commence à se sentir un peu mieux, sa "femme" se met à frapper à la porte. Elle fait un boucan du diable avec ses poings. Il n’aime pas ses manières primitives, d’obtenir tout par la force, d’obtenir ce qu’elle désire par la force, parfois jusqu’à la violence. Elle lui demande s’il compte descendre pour faire à manger. Il lui dit "d’aller préparer sa bouffe toute seule. Et si madame n’est pas contente, elle fera un régime." Elle s’en va, excédée.

Il est heureux de son coup. Il est heureux de se dire que ce n’est que le début de la révolte. Il se voit rajeuni. Il se sent prêt à briser des nuques, s’il le faut. Il se sèche les cheveux, les attache avec un élastique. Maintenant, nous pouvons voir ses yeux. Gris comme la roche. Profond comme l’espace. Des yeux envoûtants, en tous points de vue. Nous pouvons aussi apercevoir une cicatrice partant du lobe de son oreille et atteignant son arcade sourcilière. Cette balafre, c’est Luaine qui lui a faite. Ou plutôt Echtach dans le corps de Luaine. Il le savait, il l’avait vu dans ses yeux. Il ne se souvenait jamais avoir vu une telle fureur dans son si petit corps. Il ne comprenait pas, il ne comprenait plus. Avant qu’elle ne parte, elle saisit un couteau, pas un gros couteau de cuisine, mais un bien tranchant, se retourne et lui tranche une partie du visage. Il s’est estimé heureux de ne pas avoir eu l'œil touché. Et elle est tombée, comme une feuille se détachant de sa branche, perdant sa source d’énergie. Il avait appelé les secours, ils étaient venus. Ils l’ont examinés, ont demandés pourquoi il avait une si grosse balafre sur le visage, il répondit qu’il avait essayé de la retenir avant qu’elle ne tombe, et qu’elle s’apprêtait à cuisiner. Ils lui soignèrent sa blessure, lui dirent que ce n’était que superficiel, qu’il avait eu beaucoup de chance.

Il les regarda partir. La regarda partir définitivement. C’est pour cela qu’il s’était poussé les cheveux. Malgré ce que cela lui rappelait, il les gardait longs, pour cacher sa cicatrice, mais aussi pour ne plus rentrer dans le moule préfabriqué de la société d’aujourd’hui.

L’enterrement fut le moment le plus dur de sa vie. Il resta plusieurs heures aux côtés de la tombe. Ses larmes se mélangeant à la pluie abondante et glaciale. Lorsqu’il eut trop pleuré, il se releva et parti écumer les bars, enchaînant cigarette sur cigarette.

Tous ces souvenirs lui reviennent comme s’il les avait oubliés, laissés dans une petite boîte, cachée sous un matelas. Ou dans une cicatrice. Il décide de se saisir d’un rasoir, et de raser sa barbe. Oui, il sera un homme nouveau. Il sent son mal-être dégénérer, il sent Echtach s’éloigner. Il sent Luaine se rapprocher pour lui dire que faire. Il rase soigneusement sa barbe, en laisse plein le lavabo, le bouche. Comme ça, Charlotte sera obligée de le déboucher. Qu’elle aille au diable. Il ne lui reste plus qu’un bouc, et une petite moustache. Il ne touchera pas à ses cheveux.

Il descend dans la cuisine, se fait un sandwich. L’autre se met à brailler parce qu’elle a préparée le dîner. Il l’envoie sur les roses, lui dit qu’il demandera le divorce, qu’il cherchera un nouveau métier ou un nouveau pour compenser celui qu’il a déjà, mais il ne restera plus avec elle bien longtemps. Il continuera d’aller au travail, mais ne se laissera plus marcher sur les pieds. Il est de nouveau vivant. Quel fut le déclic ? Sûrement lorsque, sous la douche, Echtach est venu et lui a frôlé sa cicatrice. Il a revécu ce qui était sensé le perdre à jamais. Mais il a survécu, il n’est pas Le Faible, finalement. Il a su résister aux assauts du monstre, pour enfin se retourner contre lui.

Il décide d’aller se recueillir sur la tombe de Luaine. C’est en arrivant qu’il découvre que cela fait plusieurs mois, voire plusieurs années qu’il n’y est pas venu. Il enlève le lierre grimpant, et s’allonge sur cette plaque de marbre froid, en faisant la promesse de ne plus jamais être faible. Il a survécu, et a comblé le vide que le départ de Luaine a provoqué.

 

 

Le Fantôme et la Lune.

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