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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 19:13

Toute cette angoisse finissait par le faire lâcher prise. Il était debout, il pouvait entendre le souffle de l'homme à demi-conscient à travers cette moustiquaire empestant le tabac et les effluves d'alcool que bien d'autres avant lui ont dû subir pour affronter l'angoisse de la mort. La lame du poignard, lisse, brillante lui suppliait de lui faire goûter le sang de cette ombre. L'horreur de la condition humaine, ses affres, ses malheurs. Tchen ne pouvait plus voir le positif en l'Homme. Même en lui, il ne voyait que du négatif. D'ailleurs, n'allait-il pas sacrifier un homme pour une liberté plus qu’hypothétique ? Comme si la vie d'un seul homme pouvait leur faire gagner cette guerre. Il hésita longtemps. Les minutes semblaient heures, les secondes s'égrainaient au ralenti. Malgré cela, il avait tous ses sens en éveil. Le moindre éclat de lumière lui perforait la rétine, faisait battre son crâne comme, le moindre son le propulsait sur le lieu de l'action, fût-elle à quatre cents mètres. Son instinct de survie se mit en marche dès lors qu'il entendit des pas, proches des fenêtres de ce qui servait de chambre à cette ombre. Avant qu'il n'ait pu réfléchir à son acte, le poignard avait plongé vers l'ombre, traversé la moustiquaire dans un horrible bruit, atteint l'homme en plein cœur. Une fois qu'un objectif est fixé, il se doit d'être atteint. Peu importe la manière. Tchen était rentré dans cette guerre de la pire des manières. Comme un lâche. Tuant un homme endormi. Il attendit quelques minutes, après s'être assuré que l'alerte ne retentisse pas. Il regagna son camp, ouvrit la bouteille de gin, se brûlant la gorge, expiant ses péchés, alluma une cigarette et pleura. Il était happé dans un mécanisme destructeur qu'il ne comprenait plus.


Le couteau lardait la roche, il ne quittait pas sa victime des yeux. Elle ne bougeait pas, était tétanisée. Non, le mot n'est pas juste. Inconsciente, plutôt. Le coup à la tête avait été un peu fort, certes, mais le résultat était atteint, non ? Une fois le couteau aiguisé, il s'approchait lentement, lourdement de sa victime. Il s'asseyait sur le sol, attendant son réveil. La gifle qu'il lui projeta au milieu de la joue droite résonna dans le silence glacial de la nuit. Elle devait être vivante, sinon il n'y avait pas de but, pas de crime, en somme. Elle ouvrit difficilement les yeux. Son premier réflexe fut de reculer. Normal. Et tellement plaisant. La peur qu'il lisait dans ses yeux le ravissait. La lame refléta les rayons gris de la lune et atteignit la gorge de la victime. Il aimait ça. L'odeur et la chaleur du sang sur ses mains, son visage. Certes, il était fou. Mais nous le sommes tous un peu, non ? Ses yeux cherchaient désespérément de la peur sur le visage fou du tueur. Elle mourut en le voyant sourire. C'était peut-être le pire. Il se mit assis sur la falaise, les pieds dans le vide. Ça aussi, ça lui plaisait. Jouer avec sa propre mort après avoir acquis celle des autres. Le couteau restait son arme favorite, cela va sans dire. Contact direct avec la victime. Il peut y mettre tout le temps qu'il voulait. Il avait déjà testé l'arme à feu. Trop rapide. Pas assez précis. Combien de victimes, déjà ? Sept ? En deux semaines, le ratio était plutôt bon, personne ne l'avait retrouvé. Il alla dans son van chercher de quoi finir son œuvre. Bougie et briquet. Il attrapa une cigarette au passage. Il scella les yeux et la bouche de la fille à la cire. Pas la blessure. Sinon, quel intérêt ?

 

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